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29 septembre 2020 2 29 /09 /septembre /2020 08:28

« Mon moi est devenu trop fou pour que je le maîtrise »… Commence la narratrice. Et en effet, cela va partir dans tous les sens ! Une véritable explosion textuelle, écrite au tout début du XXème siècle. Un texte qui caracole, mêlant les registres, les tons, les styles, tantôt familier, tantôt savant, articulant la satire sociale à l’énonciation subjective de la vie, la revendication politique à l’envie égoïste, la réflexion culturelle aux considérations philosophiques, l’intime et l’espace domestique à l’oraison publique. Un livre « magique » dans ce Londres de 1918 outragé par la guerre, où la littérature s’offre pleinement pour ce qu’elle est aussi : une consolation, l’espérance, mieux qu’un cordial, le lieu où ça tient : vivre. « Il y avait six femmes, sept chaises et une table ». Le mobilier de l’œuvre est réduit à sa plus simple expression. Un huis clos souvent, ces six femmes se retrouvant, on ne cherchera pas à savoir comment, pensionnaires de la Vie seule, une effarante pension conçue pour accueillir les gens « différents », sans jamais leur permettre de faire société autrement que dans la cage d’escalier de l’immeuble. L’inconfort pour règles donc, dans un quartier « démodé » de Londres, deux églises et un magasin et rien, pas grand-chose, un maire esseulé qui les suit, tout à la fois président de leur association de charité (le Comité), et épicier -meilleur épicier au demeurant que maire, mais c’est une des autres histoires que le roman raconte. A la pelle donc les digressions, de fils en développements saugrenus, à une époque où, faute de miracle, seule la magie peut sauver les vies de leur si piètre condition. Le Comité de charité donc, comme il en fleurit tant aux heures sombres, épinglé avec jubilation par l’auteure dans ses principes comme dans son fonctionnement. Le Comité, siège. Un balai s’y est invité, qui répond au nom d’Harold et qu’il faut bien ramener chez lui à présent : le mystérieux hôtel de la Vie seule… Sarah Brown s’en charge –l’une des six. Harold sait très bien pourquoi il la ramène celle-là, parmi les sorcières. Sarah qui de son propre aveu «a toujours été un fardeau», va se révéler à son propre invraisemblable : qui est l’ordre de tout récit sur soi. Ce que le texte nous livre, c’est ça : des anecdotes personnelles dont on voudrait qu’elles consignent le vrai sens de la vie, des digressions, des historiettes, ses dires qui nous accompagnent et nous sauvent d’un cheminement besogneux entre deux herses sociétales. Sarah Brown est remplie de rêves simples et beaux, de jugements  précieux et puissants, que nourrit, plus qu’elle escorte, la magie, cette «compagne de route déroutante», pourtant la seule qui puisse raisonnablement nous sortir de l’ornière dans laquelle la société sans cesse nous plonge.

Stella Benson, La Vie seule, éditions Cambourakis, traduit de l’anglais par Leslie De Bont, octobre 2020, 204 pages, ean (lu sur épreuves corrigées).

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