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17 avril 2020 5 17 /04 /avril /2020 16:18

Le Dehors... Voilà qui résonne singulièrement à nos consciences aujourd'hui... Ces espaces surveillés par d'incessantes brigades de drones, immensité quasi inaccessible, verrouillée, dangereuse aussi. Mais c'est là que tout se joue, quand au Dedans, tout se noue. Lire cette Zone du Dehors aujourd'hui est bien étrange, et poignant : s'évader, à l'heure où la France est devenue le plus grand camp d'internement jamais osé dans son histoire... Il faut n'être rien, affirme ses héros : confinés, le risque est bien d'être poissé à son identité. Mais accéder au dehors est une tâche presque impossible, encore que tellement libératrice ! Au fil de ma lecture des premières pages, ce Dehors convoquait curieusement en moi l'écho du cogito de Descartes, quand le sujet fait surrection dans une volte, sur fond d'angoisse. L'angoisse du Dehors où tout se déplie à l'envi sans qu'on y puisse rien, comme un flux irrépressible, incontrôlable, mais à tout prendre, à préférer à l'assurance de crever au Dedans du pli immonde d'une société prostrée. « Se libérer, écrit l'auteur, ne croyez surtout pas que c'est être soi-même »... C'est s'inventer comme autre que soi, ce que jamais aucun Dedans ne parviendra à dessiner. Il faut advenir donc, et non devenir. Advenir plutôt que devenir de bons citoyens soumis aux surveillances qui nous épellent. Car être, c'est bien surgir, ainsi que Descartes nous y invitait. Faire surrection plutôt. Sinon insurrection. Et sans cesse reconduire ce mouvement de surrection. Le Dehors donc, de l'autre côté du Mur qui nous en sépare. Mur de confinement. Barrière de Lois dressées pour en découdre avec nos vies. Plombées de drones qui nous encerclent, nous enferment, nous empêchent. Surgir, pour découvrir qu'au fond, Dehors, il ne leur reste que leur surveillance hagarde, hargneuse, servile de ce regard vide des drones, leur fonction scopique ramenée à rien. Hostile, certes. Mais parce que les yeux qui sont planqués derrière les caméras des drones ne peuvent que surveiller, non « voir » : ils ne sont rien, quand on y songe. Rien ne se joue dans leurs caméras de surveillance, sinon la grossièreté d'une vue dirimante : un regard qui n'informe que sommairement le monde. Chétivement. Juste une histoire de rétine mécanique. Le Dehors, c'est ce qu'ils sont incapables de comprendre, ce que leurs drones ne peuvent mesurer, une liberté soudain jaillie, des gestes fous qui n'existent pas dans leur monde. « Je suis hors de moi », la plus belle expression qu'un être puisse affirmer. Même si l'on sait que toute liberté désormais dans leur monde, ne peut être qu'un sursis. Pense l'auteur. Je m'en distinguerai sur ce point : non pas un sursis, mais une brèche. La brèche par laquelle nous nous engouffrons ailleurs. Et qu'importe cet ailleurs : il est la Révolution même qui s'accomplit en un pur instant de lumière. Il est ce moment où tout a basculé déjà. Je me distinguerai du pessimisme politique qui habite encore le roman de Damasio là. Le dedans oublie toujours la force de résistance du Peuple, même maté. Car dans son monde l'autorité n'est qu'une mécanique aveugle. Or, rien, jamais, ne fonctionne comme on le prévoit. Je me distinguerai de l'imaginaire politique de Damasio là : il a trop ignoré lui aussi la formidable capacité de résistance « anonyme » du Peuple. Du Peuple anonyme. Lui qui, comme tant d'autres, lui invente un devenir de héraults sous lesquels subsumer le grand mot de Révolution. La Zone du Dehors est bien évidemment à lire autrement que je ne l'ai fait. Il y a cet univers, la construction d'un romanesque ahurissant, ce style époustouflant, cette puissance d'évocation. Peu importe. J'étais confiné. Je l'ai mal lu depuis ce confinement qu'on nous impose. Juste cette évocation du cogito de Descartes, démesurément surgi à l'ouvert de l'ouvert…

Alain Damsio, La Zone du Dehors, Folio SF, 650 pages, septembre 2009, ean : 9782070464241.

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