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23 avril 2020 4 23 /04 /avril /2020 10:30

Les Rocheuses. Des étendues sauvages, à l’infini. La prairie indienne, son silence profond. Une tente est plantée au beau milieu de rien. Une tente immense, certes, habitat du garde forestier. Le narrateur va y vivre sept mois. Seul. Walden… Enfin, presque : avec Boone, sa petite chienne. Sept mois de solitude. Confiné dans les grands espaces de la réserve indienne. Il raconte tout d’abord ce qui le relie à l’autre monde, celui de la ville, celui du passé, l’université du Missoula, dont il a été viré. La Prairie aujourd’hui, son job : veiller sur les deux millions cinq-cent-mille œufs de saumon qui attendent d’éclore. Il ne sait ni conduire un truck, ni se servir d’une tronçonneuse, ni d’un fusil, rien… Il a eu pourtant le job. Là, au milieu de nulle part. Avec juste un téléphone à manivelle pendu à un poteau électrique pour le relier au monde. Mais les câbles sont souvent endommagés. L’hiver, la route est fermée sous des tonnes de neige. Son boss l’a déposé. Lui a tout expliqué et puis l’a laissé là. Outre les œufs de saumon, il lui faut couper son bois s’il veut se chauffer l’hiver. Faire ses courses. Calfeutrer la tente. L’automne s’attarde. Il croise des chasseurs, tout un monde ignoré. Et puis vient l’hiver. Terrifiant. La neige recouvre tout. Pour résister à l’ennui, il chasse et observe le grand silence qui le recouvre. Là commence le récit de la Prairie.  Indian Creek. De loin en loin passent des braconniers. Il reçoit en vrac son courrier. Son père et son jumeau sont partis à sa rencontre. En ski. En plein hiver. Sans rien connaître de la Prairie indienne. Sans rien deviner de l’immense danger qui va s’abattre sur eux, perdus dans ces étendues de glaces hostiles. En attendant, lui, survit, apprend, chasse, tue même un élan, qu’il ne peut ramener au campement. Jour après jour il le dépèce. Une vraie boucherie. Quartier par quartier. Luttant contre les bêtes sauvages qui ont senti l’odeur écœurante de la viande morte. Il apprend. Se blesse. Une entaille profonde. Garrot. Ses doigts gèlent. Il fait -20° en pleine journée. -30° la nuit. A la recherche de son père et de son frère. La mort qui rôde, autour et dans leur corps. Il apprend. Son père et son frère ne sont pas au point de rendez-vous. Ils se sont égarés. Par -20°. Le voilà lui-même piégé une nuit sous la neige. Survivre. Il apprend. Sucer la viande gelée, plus que la manger. Survivre. Il y a fort heureusement les contrebandiers qui chassent le lynx. Des trappeurs qui vivent là malgré l’hiver. Une meute un jour au pied du ravin où il a échoué. Survivre. Qu’est-ce qui justifie nos vies dans l’éclat bleuté de la neige ? Mille fois il a failli mourir, avant que le printemps ne revienne. Sur les deux millions et demi d’œufs dont il avait la garde, à peine vingt saumons reviendront pondre à la saison prochaine leurs œufs à Indian Creek. Fascinant roman d’apprentissage, on songe à Jack London, aux grandes prairies de James Finemore Cooper. Ces étendues invraisemblables qui vous somment de répondre à l’impossible question : qu’est-ce qui  justifie nos vies ? Cet essentiel que nous redécouvrons peut-être, sous les coups d’un minuscule virus…

Indian Creek, Pete Fromm, éditions Gallmeister, traduit de l’américain par Denis Lagae-Devoldère, septembre 2017, 250 pages, 9.80 euros, ean : 9782351785980.

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