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3 octobre 2019 4 03 /10 /octobre /2019 06:53

Elle a tué son mari. Un violent. Qu’une femme ait osé, voilà ce qui fait scandale à son procès. Diana. Se rappelle sa maison de poupées. Ses parents, étudiants en médecine tous les deux, mais sa mère s’était sacrifiée pour élever les enfants. Deux frères. Et puis elle, que l’on prenait pour une folle. Diana, médecin aujourd’hui, est sur le banc des accusés. Chirurgienne. Le récit file tout au long du procès en cours. Suivi par un journaliste chevronné : Parlabane. Dans l’hosto, on la nommait «la salope au bistouri»… Elle tenait un blog : «Bladebich», «scalpel girl». Contre le sexisme en chirurgie. Son blog affichait : «Quel est précisément le tour de poitrine optimal pour une femme envisageant une carrière dans la chirurgie»… Et des questions tout aussi dérangeantes sur les codes vestimentaires, les entretiens d’embauche, etc. Parlabane suivait le blog avec intérêt. Juste et drôle. Jusqu’au jour où Bladebitch s’en est prise aux informaticiens en général, de l’hôpital en particulier. Ceux-ci n’avaient pas aimé. En représailles, ils avaient livré en pâture à la vindicte son identité. Scandale. Le blog «sexisme en chirurgie» avait fait scandale. Un énorme scandale. Suivi de menaces de viol, de mort. Toute la vie de l’hôpital était tombée du coup dans le domaine public. Au point qu’elle en perdit son emploi. Mais curieusement, elle avait fini par épouser un informaticien rencontré par hasard. Un homme qu’elle avait adopté très vite, sans réfléchir, et qui était mort six mois plus tard dans un accident de voiture. Le mort du procès. Suspect. L’a-t-elle tué ? C’est toute l’histoire de leur rencontre qui défile, chapitre après chapitre, chaque chapitre variant les points de vue. Les informations nous sont ainsi délivrées au compte-goutte, un récit reprenant le précédent, l’éclairant, le révélant, en alternance avec les phases du procès et l’enquête que mène Parlabane. Peter, son mari, on l’a retrouvé dans l’eau. Mais il ne semble pas y être allé de son plein gré. Peter, qui s’était présenté à elle sans fanfare et dont on découvre qu’il était le fils d’un milliardaire en vue. Dont il a hérité la moitié des biens. L’autre, c’est sa sœur qui l’a empochée. Celle-là même qui a commandité à Parlabane une enquête privée sur la mort de son frère. Elle est certaine que son frère a été assassiné. On suspecte Diana. Mais Peter n’était pas des plus transparents… Des premiers amours de Diana à celles de Peter, le jeu de dupes s’affirme. Des masques. Une danse macabre de masques, y compris la sœur de Peter… La chronologie du récit est déstructurée, assez pour nous perdre, nous interroger et nous alerter. C’est superbement noué du point de vue de l’intrigue et de la possibilité du récit. Des récits. Qui se superposent, se télescopent. Tout le monde est suspect, tour à tour. Les conversations anodines des uns dans tel chapitre, s’alourdissent dans tel autre. Mine de rien. Et dans une valse subtile.

Sombre avec moi, Chris Brookmyre, Métailié, coll. Thriller, traduit de l’écossais par Céline Schwaller, avril 2019, 496 pages, 22 euros, ean : 9791022608701.

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