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5 septembre 2019 4 05 /09 /septembre /2019 08:33

10 septembre 1960, Rome. Les marathoniens vont s’élancer. Parmi eux, dossard 11, Abebe Bikila, l’éthiopien. Il a 28 ans. Personne ne l’attend à l’arrivée, sinon toute l’Ethiopie, Addis-Abeba suspendue au fil de la course, seule à croire qu’Abebe peut entrer dans le trio des vainqueurs, sinon dans l’Histoire. Mais les transmissions ne sont pas bonnes. A vingt kilomètres de l’arrivée, on apprend tout de même qu’Abebe court aux côtés de l’homme de tête. Derrière lui et avec une facilité qui déconcerte. Impatient d’en découdre avec l’Histoire, impatient de venger l’Ethiopie que Mussolini défia dans un discours belliqueux le 2 octobre 1935, avant d’envoyer ses troupes l’occuper et massacrer ses populations. Le 5 mai 1936, Addis-Abeba tombait. Le 9 mai, Victor-Emmanuel se proclamait empereur d’Ethiopie. Abebe court. Coher a endossé son identité pour nous raconter cette course. Il mime donc, de page en page, les foulées d’Abebe, le dépossédant de son identité et de sa victoire au final : dans ce roman pourri de citations latines, c’est toute la culture éthiopienne que l’on attend en vain, absente, méprisée, trahie une nouvelle fois,  écrasée sous le poids de singulières réflexions : «courir ne s’apprend pas», assène l’auteur… Vraiment ? Courir le marathon ne s’apprendrait pas ? J’ai connu des marathoniens originaires d’Afrique qui vous en remontrait à ce sujet, Sylvain Coher… Qu’avez-vous donc écrit ? Qu’un berger éthiopien avait cela forcément dans le sang ?... On mesure ici le préjugé sous-jacent… Rehaussé par les rêves dont il pollue la tête d’Abebe, contraint sous sa plume de méditer en… latin ! Quelle farce ! Abebe citant les évangiles, confisqué pour ainsi dire une nouvelle fois par notre «brillante» culture occidentale… Quelle vérité colle aux basques des marathoniens africains ? La course est longue, le roman s’allonge, peine à exhiber autre chose que sa suffisance, clairsemée de réflexions pseudo-philosophiques puisqu’il s’agit de parler des hommes. Abebe n’est plus rien qu’un personnage «utile», mis au service d’une cause prétentieuse. Rien, il n’y a rien pour l’Homme dans ce texte, aucune générosité, rien. Juste l’exhibition d’une nécessité personnelle. Juste le besoin de cacher sous de belles pensées la colonisation en marche page après page, pour faire de la victoire d’Abebe notre victoire et non la sienne. On y évoque bien le racisme de la foule, pour n’avoir sans doute pas à se reprocher le sien... Retenons tout de même que l'auteur s'est instruit à cette histoire et qu'il a découvert que les J.O. furent ceux de l’éclosion sur le devant de la scène des athlètes «noirs» -l’ancien monde olympique se clôt à Rome. A part cela, rien de palpitant, sinon, peut-être, ces derniers cinq kilomètres courus plus vite qu’un cinq mille mètres olympique ! Mais accompagnés de cette petite voix latine... Le roman en tombe des mains...

Sylvain Coher, Vaincre à Rome, Actes Sud, août 2019, 166 pages, 18,50 euros, ean : 9782330124984.

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