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9 septembre 2019 1 09 /09 /septembre /2019 08:25

Le nucléaire, encore. La Russie, toujours. Peut-être trop commode, qu’elle soit celle de l’URSS ou celle de Poutine : un  épouvantail toujours brandi avec complaisance dans l’histoire du monde occidental, le dédouanant de n’avoir jamais réfléchi à ses propres méfaits… L’URSS donc, au temps où elle expérimentait ses sales bombes et ce fameux nucléaire civil, unanimement encensé dans le monde comme sans risque et quasiment non polluant… Une farce que nous continuons de vivre… Là, le roman s’ouvre sur une région biffée de toutes les cartes russes, dans une ville invisible, artificielle : Tomsk 7. Début 1989. Anton a 20 ans. Il est né et a grandi à Tomsk 7. Imberbe. Pas un poil, pas un cheveu : les effets d’une exposition prolongée aux radiations d’un nucléaire passablement mal maîtrisé. Anton n’a qu’un ami dans cette ville : Sacha, toujours malade. Ils habitent tout près de la centrale «atomique». Et tous deux, accompagnés d’Ivanka, aiment à se promener dans la forêt, derrière la centrale. Tomsk 7. Des milliers d’ouvriers anonymes  y travaillent. Pas de gare, une seule route et une garnison militaire pour sceller le mutisme des gens.  Loin d’eux, les secousses telluriques du monde soviétique. Gorbatchev. La Russie semble se redresser. Déjà dans la coulisse un jeune oligarque fait parler de lui : Boris Eltsine. Un bras de fer est engagé entre ces deux-là, et le KGB, dont l’un des officiers supérieurs n’est autre que l’oncle d’Anton. Or ce dernier veut quitter Tomsk 7 pour vivre à Moscou. On a compris quel rôle allait jouer ce personnage : simple embrayeur, sinon remblayeur, qui nous révèle la matière du récit. A Moscou, dans l’entourage de son oncle désabusé, Anton nous fait découvrir la crise qui se noue en 89. Aux yeux du KGB Gorbatchev affaiblit l’URSS. Iouri s’en méfie donc, négocie avec le député Eltsine, un fanfaron, mais qui sait manœuvrer. Iouri sait que les heures sont comptées, que l’URSS ne va pas y survivre. Il négocie donc autant qu’il le peut, avec tout le monde, par exemple les candidats à faire élire «démocratiquement» aux élections que Gorbatchev et Eltsine veulent précipiter, tout en ne pouvant s’empêcher de penser que demain, tout le pays tombera entre les mains de la mafia. Raison pour laquelle il rencontre aussi un gros bonnet de la mafia. Le KGB peut-il tirer son épingle du jeu ? Pour l’heure, Iouri tente surtout de récupérer l’immense fortune acquise par le KGB et planquée dans des banques allemandes… 1989. Le mur tombe. Les citoyens, fiévreux, songent que la liberté est proche. Ils se trompent : en coulisse, on travaille à reconstruire cette verticale du pouvoir qui sait si bien entraver tout élan démocratique. Et Anton dans cette histoire ? L’auteur en a fait un voyant, qui nous ouvre l’accès aux complots tramés contre Gorbatchev et Iouri. A l’époque, toute la Nomenklatura consultait, il est vrai. Le roman flirte donc avec le conte de fées, brosse l’arrivisme des dirigeants passés ou avenirs, qui se ressemblent tous, et bien que ravalé au rang de décor, Anton nous offre l’opportunité d’en apprendre un peu sur ce moment où l’on dut gouverner dans la tourmente, pour annihiler ce qui risquait de surgir : la démocratie…

Olivier Rogez, Les hommes incertains, Le Passage, mai 2019, 384 pages, 19.50 euros, ean : 9782847424195.

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