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13 juin 2019 4 13 /06 /juin /2019 08:21

Récit autobiographique d’un jeune allemand élevé en Bavière dans un milieu catholique hypocrite et lubrique, sous la tyrannie d’un père despotique, vendeur de babioles saintes, ancien SS… Dans la bibliothèque de ses parents, le seul livre conservé, un Mein Kampf dédicacé, dans l’édition de 1939 offerte à tous les jeunes mariés allemands, donne le ton… La guerre est finie bien sûr, reste celle que le père va livrer contre la mère et les enfants. Cela avait mal commencé du reste dès le début : à sa naissance, sa mère avait poussé un cri d’horreur : un garçon ! Un apprenti führer de plus… Alors elle l’habilla en fille pour conjurer le sort. Pas tout à fait en vain finalement, puisque l’enfant sut grandir contre cette idéologie qui dévora ses plus tendres années. On est après la guerre bien sûr, les nazis se sont reconvertis en gentils allemands, bigots dans sa ville, que le Pape vint un jour bénir… C’est que la Vierge noire de la Chapelle de la Grâce rapportait plus d’un millions de visiteurs par an, pressés de dépenser leur argent en génuflexions anémiantes. Andreas subit donc dès le départ et l’opprobre de sa mère et la cruauté de son père, SS engagé naguère sur le front de Pologne, puis de Russie. Une jeunesse normale dans un village allemand d’après-guerre, Altötting, ville de lâches, de fourbes affirme-t-il, où suintait partout la haine du corps et la lubricité. Une ville de veules qui avaient su s’inventer au sortir de la guerre une légende de résistance, permettant aux zélateurs du nazisme de retrouver une vie normale, bourgeoise, qui ne se rappelait plus ses liesses devant les victoires et les exactions nazies. Avant de subir tout de même les contrecoups de la haine, sa mère violée par les alliés, puis par son mari. Andreas raconte l’enfance, la jeunesse de ses parents, la sienne, ses années de collège, ses profs tortionnaires, les violences physiques que subissaient les jeunes allemands au sortir de la guerre, pour leur faire oublier celles que leurs parents avaient fait subir au monde. Robuste pédagogie de profs qui avaient tous appointés sans hésitation au parti nazi. Avec en soutien l’église, acharnée contre les corps des enfants, éduquant au mépris sinon au dégoût de la femme, tandis que les prêtes abusaient d’elles en toute innocence… Andreas raconte une société de violence, notre héritage, l’héritage de cette Europe chrétienne qui, avant que d’être Amour (elle ne l’a jamais été), fut punitive et arbitraire. Il raconte le ménage de ses parents au-delà du triste, où son père ne visait qu’à briser sa mère, ses enfants. Rien ne nous est épargné des formes de l’avilissement du père, de la terreur domestique qu’il avait instaurée pour prolonger un peu la jouissance que lui avait procuré celle qu’il avait déployée en Pologne… Un père qui ne cessait de torturer sa femme sous les yeux de ses enfants. Avant de la chasser pour la remplacer par une nouvelle, neuve dans la soumission, à qui il put de nouveau lui faire apprécier sa haine de l’humanité. Andreas nous raconte l’atmosphère de cette ville «sainte» que visita le 18 novembre 1990 le pape Jean-Paul II, sourd aux cris des fillettes violentées : «des fous s’agenouillent devant des fous dans une mise en scène de carnaval», insiste-t-il, dressant la liste de tous les péchés que le catholicisme a inventé pour rendre la vie des gens plus misérable. Dans une écriture crue, sans concession, nommant, dévoilant, révélant jusqu’à l’insoutenable, ce pan de notre histoire commune…

La Vie de merde de mon père, la vie de merde de ma mère, et ma jeunesse de merde à moi, Andreas Altmann, Actes Sud, collection Lettres allemandes, traduit de l’allemand par Matthieu Dumont, mai 2019, 326 pages, 22.50 euros, ean : 9782330121389.

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