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26 juin 2019 3 26 /06 /juin /2019 06:08

Pilgrim… Un nom de code. Celui d’un homme qui a laissé en héritage un essai de criminologie et un autre de médecine légale… Un nom, au croisement de meurtres inquiétants : une femme dans un hôtel de Manhattan, un père de famille décapité en Arabie Saoudite, le directeur d’un institut médicolégal énucléé en Syrie, et at least, un complot en cours contre l’humanité… Qui est Pilgrim ? Un espion ? A la solde de qui ? 900 pages et 24 heures pour le trouver… «24»… En vain. A travers l’Arabie Saoudite, l’Afghanistan, la Turquie, les Etats-Unis dès le lendemain du 11 septembre. A vivre désormais cette angoisse d’autrui que le 11 septembre a déchargée crûment entre les hommes. Pilgrim reste hors de portée pourtant. Insaisissable, et dérangeant, tant le roman déploie les clichés sur l’occident dominateur. Pilgrim, ou le monde libre. Qui ne peut toutefois l’être qu’opposé à un univers nécessairement plus sombre que lui. Roman gênant pour tout dire, culturellement, d’autant qu’il vous entraîne malgré vous bien au-delà de ces clichés et du racisme sous-jacent qui les féconde : par son brio, le talent de l’intrigue qui y éclot, par son efficacité stylistique, il vous fait vite oublier le caractère nauséabond de ces clichés. Pas un break. Il est Pilgrim, bluffant, terrifiant, debout face au Sarrasin qui s’est levé en même temps que lui pour garantir à l’occident la légitimité de ses actes. De New York au camp français du Struthof, des seigneurs de guerre au hacker déjanté, tout est inquiétant dans ce roman. A commencer par sa virtuosité qui nous fait avaler à pleine vitesse d’incroyables couleuvres… «24», plus que James Bond. Pas de girl dans le roman. Ce qui le rend peut-être plus inquiétant encore. Un roman tout entier construit sur la problématique du terrorisme islamiste et des réponses que nous lui apportons. Un roman qui nous parle de la jouissance que cette opposition génère : cette violence qui a tendu semble-t-il pour toujours nos rapports. Les rapports humains. La violence terroriste et la nôtre, comme un couple indéfectible. Terrifiant parce qu’il nous parle du monde dans lequel nous vivons et dans lequel, justement, la violence est le seul l’horizon. Terrifiant parce que ce dont il s’agit, n’est rien moins que la conspiration des Etats-Unis face au monde contemporain. Le pendant de la conspiration islamiste contre ce même monde. De Ground Zero, où se situe symboliquement l’assassinat de la jeune femme, au Sarrasin : l’ennemi, ce personnage commode grimé en islamiste solitaire, individualisé, mais dont le nom n’est pas sans évoquer quelque raccourci générique à la Houellebecq. Terrifiant parce que la Shoah est comme son point secret de retournement, qui articule fantasmatiquement tout le devenir humain. Un roman intriguant en somme, dont Sylvain Agaësse nous fait une lecture sidérante avec son phrasé énigmatique souvent, comme conspirant contre la phrase pour jeter ça et là à notre écoute le mot où elle achoppe, le silence où tout prend sens, baissant le ton par moments jusqu’au murmure pour nous abandonner dans ce petit pas de côté où tout se met à résonner étrangement.

Je suis Pilgrim, Terry Hayes, lu par Sylvain Agaësse, traduit par Sophie Bastide-Foltz, éditions Audiolib, 15 mai 2019, 3 CD MP3, durée totale d'écoute : 27h53, 29.50 euros, ean : 9782367628288.

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