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9 mai 2019 4 09 /05 /mai /2019 09:54

Au commencement de la post-vérité il y eut donc le Brexit et Trump. C’est historiquement certifié. Certes. Trump… L’épouvantail bien commode, qui exorcise nos pitoyables gouvernements et les dédouanent de tant de vilenies… A l’arrivée, la curée politico-médiatique contre les réseaux sociaux, coupables de tous les maux, responsables de la montée de l’insignifiance dans nos sociétés néolibérales… Les Réseaux sociaux, pas ces médias vendus que notre chère essayiste nous ferait presque passer pour des victimes à force de fermer les yeux sur ce que l’on ne peut pas ne pas qualifier de complicité active dans la promotion du mensonge d’état. Les blogueurs en ligne de mire, pas les éditocrates, qu’elle préserve savamment... Même si, ça et là, elle ne peut contenir quelques phrases (si peu) critiques pour évoquer leur mauvaise presse –disons. A peine évoquant que la plupart des médias français sont entre les mains de quelques milliardaires alliés du pouvoir, taisant au passage le fait que ces mêmes patrons de presse ont racheté la presque totalité des instituts de sondage pour mieux asseoir leur fabrique d’opinion. Au commencement donc, le surgissement de la «post-vérité», non du mensonge d’état. Un phénomène sociétal. Dont elle ne s’étonne pas qu’il soit descendu «d’en haut» pour inonder la sphère publique, la remodeler, la reconfigurer. Non : ce qu’elle étudie, c’est sa massification si l’on peut dire, son déploiement dans et par les «masses populaires», à travers ces nouveaux médias qui ont surgi sous cette même poussée populaire –du moins mis à leur disposition par des sociétés capitalistes qui tout à la fois se méfient de la liberté que prend le peuple avec leurs outils (facebook ou twitter dans leur dimension de contre-propagande d’état), et se réjouissent de leurs usages aliénés. Non, ce qu’elle étudie, ce sont exclusivement les fake news issues de ces médias alternatifs, non ceux émis par la classe politico-médiatique (française) pourtant pas avare en fake news... Ce qu’elle refuse de voir, c’est que par exemple jamais l’énorme mensonge de la prétendue attaque de la Salpêtrière n’aurait pu être démenti sans la pression des réseaux sociaux. Ni qu’une fois leur mensonge avéré, ces mêmes médias se sont empressés de faire comme si de rien n’était… Car son objet est autre. Celui d’une défense, peut-être, moins de la vérité que de ses modes intellectuels de production. Revault d’Allones, comme nombre d’intellectuels français, est devenue une illusionniste qui compose sur un tour de passe-passe : celui de nous faire croire que le mensonge d’état n’existe plus. Qu’il s’agit d’autre chose, dont elle a fait un autre objet d’étude. Loin du mensonge d’état, qui ne serait, lui, en rien préoccupant, en rien attentatoire à la vie démocratique. Car ce qu’elle étudie, elle, serait un régime plus subtil de non-vérité que celui du mensonge d’état, qu’elle habille au demeurant des habits neufs de la «post-vérité», un régime plus souterrain, plus sourd et plus dangereux, qui labourerait en profondeur notre pauvre société exposée aux coups de butoir de ces fameux réseaux sociaux qui introduiraient une vraie rupture civilisationnelle… Un mouvement surgi «d’en bas» donc, populiste, et populaire tiens, pendant qu’on y est. Surgi d’en bas... Non le fait des Macron, des Castaner, à peine des Trump, lui-même saisi au fond comme appartenant à cette classe populaire tant honnie, son côté fruste l’identifiant comme un homme sans culture, sans savoir, mû uniquement par des opinions, des préjugés. Nous vivrions donc un temps de rupture où la post-vérité voudrait imposer son indifférence à la vérité. Et non pas le temps du mensonge d’état perpétué, dans la continuité des manipulations totalitaires…

Quand on regarde de plus près le système des exemples retenus pour fonder sa rhétorique, on trouve dans l’essai de Revault d’Allonnes bien sûr Trump et ses tweets, les réseaux sociaux en pagaille, mais pas Macron. Pas l’état français. Pas les médias français. A peine débusque-t-elle un vieux mensonge d’état choisi dans le lointain passé d’un nuage russe s’arrêtant en 1986 aux frontières de la France. Macron ? Epargné. A peine une phrase pour mettre en doute son faux débat truqué sans en interroger plus avant les raisons. «Faire croire» nous dit Revault d’Allonnes, est devenue la norme. Mais rien sur les couleuvres que l’état français nous a fait avaler depuis des lustres, depuis Sarkozy, depuis Hollande et toute leur presse avec, bien avant qu’elle ne commence à rédiger son essai ! Là-bas donc à ses yeux, loin dans le temps et dans l’espace, en Amérique tenez, ça tombe bien : c’est là où tout a commencé, où tout a été thématisé, la France indemne des mêmes agressions contre la Vérité… Rien donc sur cette presse odieuse qui tait jour après jour la violence faite au Peuple français et qui fait jour après jour la démonstration de ce qu’elle est : une arme de propagande au service de l’état néolibéral. La post-vérité nous dit-elle, pas le mensonge d’état. Et c’est cette post-vérité, collectée, diffusée par les réseaux sociaux qu’il faut condamner, non l’état, pas davantage ces intellectuels qui accompagnent la montée du populisme d’état en France. Vraiment ? Pas les médias qui n’ont de cesse depuis le retour du temps électoral, de promouvoir le rassemblement national pour nous servir le plat réchauffé du «mieux vaut Macron que Marine» ? Pas ce gouvernement qui ne cesse de mentir sur presque tout… Non, Revault d’Allonnes reste aveugle à la production par le haut d’un populisme abjecte. L’analyse est étriquée. Mais nulle part il n’est question de s’interroger plus en profondeur. On se contentera donc de cette surface, mâtinée de quelques poncifs philosophiques coutumiers de la réflexion sur le Vrai. Vous ne verrez nulle part notre philosophe s’essayer à démonter la manière dont les médias français ont remis en selle le Rassemblement National. C’est qu’il faut officiellement combattre l’ennemi intérieur : les réseaux sociaux. N’est-ce pas cet ennemi que l’Education Nationale elle-même s’est fait vœu de pourfendre ? Haro sur les réseaux sociaux… Pas de réflexion politique dans cet ouvrage. Pas de réflexion sociale, pas l’ombre d’un souci de vérité, aucune enquête, rien sur l’usage de contre-propagande de réseaux sociaux animés, justement, par le souci de la vérité. Rien sur cette population immense attachée aux valeurs de vérité. Rien sur cette oligarchie qui produit jour après jour ces atteintes au Vrai… Rien sur cet usage militant des réseaux sociaux qui, un temps encore, nous sauve de griffes totalitaires !

La perspective philosophique de cet essai s’en trouve du coup biaisée. On songe ici à Marx fustigeant les philosophes qui, dans leur interprétation du monde, ont négligé l’exigence d’étudier la structure de la société dans laquelle ils vivaient. Un vide sidéral ici, qui nous entraîne bien loin de l’ombre tutélaire de Hannah Arendt, dont Revault d’Allones semble vouloir se revendiquer, cette même Hannah Arendt tant attachée à scruter l’histoire au présent, à « penser ce qui nous arrive ». Non ici, nous avons juste un raisonnement philosophique posé d’emblée comme seule référence à partir de laquelle penser le présent. Platon versus Aristote. C’est utile, c’est nécessaire, mais ils ne peuvent en rien constituer le point de départ à une réflexion sur les vraies origines du nouveau totalitarisme qui s’affirme jour après jour sous nos yeux. Dans cette accusation piteuse des «nouveaux médias» que nous livre Revault d’Allones, il n’y a pas plus de place au débat public que dans le Grand Débat de Macron. Notre philosophe ne voit rien, ne peut rien voir, enfermée qu’elle est dans ses rationalisations philosophiques. Car ce qui rend la vérité inessentielle dans nos sociétés contemporaines, ce ne sont pas tant les Gilets Jaunes que les Trump, les Macron, et le retour de ce régime totalitaire du discours qu’ils ne cessent de promouvoir, avec la complicité des médias traditionnels. Les mensonges d’état qui nous accablent et polluent jour après jour nos sociétés, touchent, eux, fondamentalement, à la possibilité d’un monde commun. D’un monde qu’à la vérité, ni Macron, ni Castaner ne veulent et c’est la raison pour laquelle leurs médias s’y entendent, sur le brouillage des frontières entre vérité et mensonge. Ceux qui tentent aujourd’hui de rétablir la vérité, ceux qui en ont accepté la charge et le poids dramatique, ce sont au contraire les réseaux sociaux. Face à leur combat pour l’émergence d’une Vérité à laquelle ils tiennent, l’indifférence à la vérité promue par Macron, nous la subissons chaque jour, et chaque jour des milliers de français s’aventurent au-devant d’une police désormais la plus brutale du monde occidental, pour tenter de contrer ce poison distillé par les officines gouvernementales. Des milliers de français mutilés dans leur chair et dont personne ne dit rien dans ces médias qu’on nous prie de défendre !

Ce qu’incarne Revault d’Allonnes, à travers une étude aussi bâclée, c’est cette soumission du savoir au pouvoir, qui est effarante à dire vrai : la vérité des faits, tué par les savants eux-mêmes, à la remorque d’un mouvement que nombre d’entre eux combattent, ne passant jamais le seuil de leurs travaux. La trame mensongère n’aura jamais été aussi forte en France que sous Macron. TOUT LE MONDE le SAIT, chère madame philosophe. Comme tout le monde sait que ce mouvement des Gilets Jaunes est la dernière chance en France pour rétablir un semblant de démocratie. Les Gilets Jaunes et leur usage militant des réseaux sociaux devraient constituer le seul point de départ d’une pensée un tant soit peu honnête. Car ils représentent, encore une fois, l’ultime opposition à la gravitation du système Macron, qui nous embarque droit dans le mur néofasciste –peut-être en fait sa destination originelle. Et les luttes, y compris intellectuelles, doivent s’inscrire dans les réseaux sociaux, parce qu’elles ne disposent d’aucun autre espace de liberté désormais.  Il n’y a, dans la défense des médias traditionnels, aucun développement possible de l’esprit critique, mais l’assurance plutôt de devoir sacrifier sa liberté de penser à l’énorme lâcheté intellectuelle qui sature ces espaces. Alors certes, cela demande du courage de descendre dans l’arène pour décrypter la fabrique macronienne d’un monde fictif dans lequel il n’y aurait par exemple pas 80% de la population en souffrance, ni aucune répression policière sanglante… Revault d’Allonnes semble s’y refuser, tout comme elle se refuse à envisager que ni l’autorité judiciaire, ni la presse, ne sont désormais les piliers de notre société. Sans doute parce qu’aveuglée elle aussi par le néolibéralisme, elle se refuse à croire qu’il s’agit d’une idéologie totalitaire. Quant à nous, nous avons imaginé d’autres manières d’habiter les réseaux sociaux. Tout comme sur les ronds-points s’invente d’autres manières d’être au monde. Une imagination révolutionnaire secoue notre vieux monde. Macron s’y est moins trompé que Mytiam Revault d’Allonnes, qui a édicté une Loi anti-fake news non pour les combattre, mais pour en garantir la production et l’impunité étatiques. Nous, nous déployons précisément cet imaginaire auquel songeait Hannah Arendt, contre la destruction du sol de notre monde commun, contre la perte du monde infligée d’en haut par des médias qui ne sont plus que des organes de propagande de la pire espèce.

La Faiblesse du Vrai, Myriam Revault d’Allonnes, éditions du Seuil, collection Essais, La Couleur des idées, octobre 2018, 144 pages, 17 euros, ean : 9782021383041.

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