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28 mai 2019 2 28 /05 /mai /2019 08:09

C’est l’histoire du corps d’une femme. Manipulé, fouillé, opéré. L’histoire d’un corps malade, entre les mains de la médecine. Ouvert et refermé. Une chose plutôt qu’un corps. Vulnérable. Le corps du renoncement, où la maladie s’est installée. Toujours là. A dicter ses conditions. Un corps lancé à l’assaut de lui-même. Qui se détruit de l’intérieur et que la médecine ne sait pas soigner. Elle, ne sait que faire de ce corps. D’Elle. Même. Elle vit dans l’attente d’un virus opportuniste qui viendra clore son long calvaire. En attendant, elle dénombre les territoires perdus. L’un après l’autre, jour après jour. Elle tient ce compte : par érosion, une autre vie surgit. Et entre deux pertes, il ne lui reste que ces courts moments de rémission au cours desquels la douleur est suspendue. Peut-on s’installer dans le sursis ?  Le texte est fort. Mais ne va pas de soi. De ce soi qui s’effrite. Entre colère et acceptation, entre révolte et résignation. «La colère est la maladie», affirme l’auteure. Une phrase que l’on ne comprend pas tout d’abord. On imagine, un peu, ce que cela pourrait vouloir dire, que d’être amputé de son identité. On imagine, un peu, ce que signifierait l’enfermement dans la souffrance physique. Ce que signifie devenir étranger à soi-même, dans son propre corps. Mais comment la colère pourrait-elle être l’expression de la maladie qui vous étreint ? L’auteure évoque ces déformations qui la font autre. Cette difformité qui peu à peu la déconstruit. Qu’en dire, dans cet ordre épuisé du langage ? Puis elle se tait. C’est peut-être là, sur ce seuil de parole, qu’il est possible d’être avec elle. Loin d’elle. Quand passé le moment de l’aveu, on se rend compte qu’il n’y a rien à partager. La maladie coupe. Isole. Sépare. «Le malade est idiot», de cette idiotie du réel qui l’emporte loin de lui, des autres, du monde. Le malade est enfermé dans l’idiotie du réel, loin des fictions nécessaires où la vie s’accomplit. La fiction de la vie, contre l’idiotie de la mort. Seule la mort est réelle. Mais idiote. Et la maladie, qui nous arrache à la vie, c’est-à-dire à la fiction. Que raconte donc l’auteure dans ces conditions ?  A témoigner de ce seuil au-delà duquel il n’y a plus rien à conter ? «J’ai vingt-cinq ans, je suis malade, je ne vais pas guérir». Il ne lui reste qu’à occuper le peu de place que la maladie n’a pas encore colonisée. Qu’à vivre ce désir, à l’œuvre encore dans le récit qu’elle compose. Car seul le désir est plus puissant que la mort. Car le désir est fiction. Qu’aucun réel ne peut recouvrir.

Hors de moi, Claire Marin, Allia, février 2019, 126 pages, 6.50 euros, ean : 9791030408669.

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