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19 février 2019 2 19 /02 /février /2019 10:46

Depuis 1994, nombre de sociologues n’ont cessé d’évoquer la sécession des élites. Depuis plus longtemps encore, l’INSEE n’a cessé de nous faire croire qu’il n’existait plus en France qu’une gigantesque classe moyenne, satisfaite ou peu s’en fallait, de son sort. No society reprend ces thèses pour dévoiler le projet de l’hyper-classe qui nous gouverne : sacrifier la société elle-même. L’abandon du Bien Commun par les élites, nous étions au courant, même si les médias français, entre les mains de quelques milliardaires, tentaient encore vainement de nous faire croire le contraire. L’abandon des pauvres, depuis Sarkozy nous savions qu’il était En Marche. Le fait nouveau, c’est l’abandon de la classe moyenne, à qui les médias ne cessent de parler de société en mutation au sein de laquelle, à force de sacrifices, elle saura retrouver sa place… Christophe Guilluy parle, lui, de société en rupture, au sein de laquelle n’existe plus réellement qu’un seul ghetto : celui des riches, solidement verrouillé par une armée de policiers. Dans la proximité des Champs-Elysées, les Gilets Jaunes ont pu se rendre compte par eux-mêmes de la véracité de cette analyse… Les Gilets Jaunes ? Christophe Guilluy en parle peu, juste pour affirmer avec raison qu’ils ne sont pas l’expression d’une minorité, mais celle de la société française elle-même qui tente de se faire entendre et qui, elle, sait désormais l’insécurité dans laquelle les riches veulent la plonger et l’abandon dont elle est la victime. Elle, sait à quoi les riches la voue : à la misère, au chômage, mieux : à l’interdiction de l’accès à l’emploi (voyez le taux de chômage des jeunes, une génération entière sacrifiée, bientôt deux, relisez, entre les lignes, même un journal comme le Figaro, qui ne parvient plus à masquer dans ses colonnes qu’en réalité le taux de chômage en France est de 18% -Figaro du 17 août 2017). Cette société bafouée, méprisée, éborgnée, sait à quoi les riches la voue : à l’interdiction de l’accès au logement (voyez comment Paris 2024 va écraser ce qu’il reste de foyers modestes dans cet intra-muros qui ne cesse, d’année en année, de perdre ses habitants). Observez la dynamique de fond qui est à l’œuvre :  cette concentration des richesses entre les mains de quelques nantis –en 2017, les 500 personnes les plus riches de la planète possédaient 5 400 milliards de dollars, soit plus de deux fois le PIB de la France…  Observez le recul de l’activité commerciale, voire de toutes les activités, culturelles, sanitaires, industrielles, économiques, etc., dans cette France périphérique où vit 60% de la population française… Observez le basculement auquel nous assistons : la classe politico-médiatique a beau tenter de nous faire prendre ses vessies pour nos lanternes, nous savons tous que son modèle économique ne veut pas faire société. Ils n’en veulent plus du Bien Commun, ni de la société. Macron, ce représentant de commerce des super riches est très clair :  il est l’agent des supers riches, à leur service, contre l’intérêt de la France. Regardez simplement les chiffres, regardez comment on fabrique du faux espoir en évoquant jour après jour cette sacro-sainte courbe de la croissance par exemple, sur laquelle nous devrions river nos yeux parce qu’elle serait source d’emploi, alors qu’on ne fait que bricoler du mensonge en faisant entrer, aujourd’hui le calcul des revenus de la drogue dans cette fameuse courbe pour la booster un peu (soit 200 milliards de revenus pour la France, près de 10% de son PIB),  demain, ceux de la prostitution ! Quelle farce dans un pays qui ne crée pas d’emplois et dans lequel plus de 600 000 retraités vivent avec les minimas sociaux ! Quelle farce dans un pays dans lequel, depuis 2006, la part des étudiants issus des milieux populaires est en chute libre. Alors oui, le mouvement des Gilets Jaunes, non seulement on en comprend les raisons, mais il apparaît bien à la lecture de cet ouvrage comme l’ultime rempart d’une démocratie en péril. Ils sont le dernier espoir d’une société tragiquement mutilée par des nantis qui ne doivent leur pouvoir qu’au détournement massif des instruments républicains mis en place par une Constitution infiniment blâmable. Ils sont l’espoir d’un ordre plus juste, confronté au chaos des forces de l’ordre jetées contre eux pour semer la terreur. Ils sont une parole de vérité face aux postures républicaines surjouées de la classe politico-médiatique, qui ne parvient plus à cacher le manque total de démocratie dont souffre le pays. Ils sont l’esprit d’une société à venir qui saura briser ce modèle économique de la classe politico-médiatique profondément anti-républicain. Alors certes, nous n’en sommes qu’au début de la recomposition nécessaire des forces sociales et politiques d’un pays exsangue –vous voyez bien que tout est inféodé au pouvoir le plus exécrable que la France ait connu, des syndicats aux représentations vidées de leur sens. Mais un début qu’il faut choyer, qu’il faut protéger, qu’il faut désirer.

No Society, Christophe Guilluy, éditions Flammarion, octobre 2018, 242 pages, 18 euros, ean : 9782081422711.

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