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21 janvier 2019 1 21 /01 /janvier /2019 09:20

Le titre est mal choisi : Arendt ne parle pas de Révolution, ou très peu… D’autant que l’ouvrage est un recueil d’articles, de lettres, de notes rédigées au fil du temps. Une sélection tournée vers la compréhension de ses réflexions sur le politique. Et c’est ce qui en fait l’intérêt, qu’elle aborde l’héritage de Marx ou ces impasses où la filiation de la pensée politique grecque nous a plongés. Nous sommes et ne sommes pas les contemporains de Marx, tente Hannah Arendt. Marx serait pour elle le fil qu’il nous faudrait reprendre, après l’épisode totalitaire, qui reste cependant à ses yeux l’événement central de notre période historique. Il faudrait donc reprendre Marx, on le voit bien aujourd’hui, à la lumière de la lutte des classes, cette lutte dont le néolibéralisme a tenté de nous convaincre qu’elle était dépassée : l’immense fausse classe moyenne qu’elle a fabriquée uniquement au niveau de ses théories fumeuses, ayant, prétendait-il, absorbé toutes les autres classes, n’aura été au final qu’un leurre devant lequel nos peu scrupuleux intellectuels sont tombés en transe. Revigorant donc ce retour à Marx : ce leurre était une immense supercherie qui nous a fait perdre au bas mot cinquante ans…

De même Arendt est-elle revigorante quand elle dresse le portrait de notre fascination pour les constructions politiques de la Grèce ancienne, où la société des égaux ne s’entendait alors que d’y avoir exclu les femmes, les esclaves et les métèques…  Des égaux très minoritaires en somme, méprisant au demeurant tout ce qui constituait les fondements de la politique : ces nécessités dans lesquelles les gens sont enfermés : se nourrir, se loger, travailler… Le mépris des grecs anciens pour les contingences de la vie, nous le connaissons au fond toujours à travers ces élites qui dénoncent la prétendue petitesse de leurs soucis –vivre dignement-, introduisant la belle hiérarchie qu’agite un Luc Ferry par exemple, où le philosophe prend le pas sur le politique, pour le guider vers les hautes sphères   de la pensée et l’arracher aux contingences prépolitiques qui sont les nécessités de la vie dans lesquelles l’immense masse de ses semblables est enfermée –à dessein. A parcourir les notes de Hannah Arendt, nombre d’idées surgissent autour de la question de la Loi, de l’intérêt ou des formes de gouvernement. Dont celle-ci, à creuser : si on suit bien ce qu’elle veut nous dire, au fond, le Totalitarisme est resté notre horizon politique et le néolibéralisme ne serait rien d’autre que la poursuite du Totalitarisme sous une autre forme, où l’humain n’y est envisagé que comme moyen et non fin.

La Révolution qui vient, Hannah Arendt, Payot, traduit de l’anglais par Françoise Bouillot, octobre 2018, 376 pages, 25 euros, 9782228921992.

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