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4 juin 2018 1 04 /06 /juin /2018 08:10

Un homme vit dans un recoin de mur. Recroquevillé. Un SDF. Chaque soir il vient dormir là, dans l’embrasure d’une porte. Son histoire minuscule. Et puis rien. Une autre histoire minuscule, de disparition elle aussi. Ou celle de cet homme dont la paternité n’est que séparation. Derrière le cirque d’hiver, bien des êtres s’éteignent. Xavier Person témoigne de leurs brèves existences. Convoque notre passé douloureux : Sétif, un  père tué par balles il y a bien longtemps. Devant sa fille. Par un  officier de l’armée française. Oui, on faisait ça, nous autres, français. Mais le temps a filé. Personne ne réagira plus. Ne reste que la discrétion des hommes des bancs publics, qu’aucun récit ne parvient plus à accrocher. Des nouvelles donc, très courtes. Deux pages souvent. Celle de Claire. De son père, il ne lui reste qu’une image. Et puis c’est tout. Partout ne se déplie que l’effacement, l’évanouissement des êtres et des choses. Moins la disparition que l’évanouissement. Il nous reste des traces, que Xavier Person relève. Un monde de fantômes. Où il n’y a jamais assez d’esse pour qu’aucun être n’y tienne. Et des lectures. De Modiano, des Misérables, admirables, le seul vrai lien où être vraiment enfin, dans cette insistance des lectures qui permettent d’entrer chacun dans la question de l’être.

Des histoires qui nous livrent et qui dans le même temps, peut-être, aident à mieux nous cacher, quand le réel ne parvient pas à tout escamoter. Ce qui est soit dit en passant, sa fonction première, de tout dérober. Ou bien alors, nous reste à prendre la décision, justement, de nous dérober au monde que nous avons laissé croître et tout envahir. Et faire comme ce personnage, Olivier, ce cadre de cinquante ans qui décida un jour de tout plaquer pour se terrer dans un repli du mont Ventoux et y passer ses journées à écrire pour rien, et randonner. Ou, plus radicalement, et peut-être parce que ce monde est dingue en acter la folie et le fuir comme le frère d’Olivier, en décidant de se faire enfermer dans un asile pour ne jamais plus en ressortir, comme le fit naguère le poète Stanislas Rodinski et vivre dans ce recoin de solitude la Victoire, à l’ombre des ailes de l’espoir immense…

Derrière le cirque d’hiver, Xavier Person, éd. Verticales, février 2018, 144 pages, 12,50 euros, ean : 9782072776748.

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