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18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 08:09

Italo Svevo fumait. Beaucoup. Passant même toute sa vie à se promettre d’arrêter de fumer. Non sans malice : il adorait fumer. Sans raison particulière sinon peut-être celle de sentir la fumée réchauffer ses poumons, ou peut-être juste à cause de ce geste d’une cigarette élégamment allurée au bout des doigts, ou juste par habitude, pour lire, écrire. Comme il fumait et promettait beaucoup d’arrêter, on lui demanda d’y réfléchir. Ecrire contre les méfaits du tabac ? Drôle d’idée : il en mourait. Comme il était écrivain, on lui demanda également de réfléchir à ce lien qui pouvait exister entre le tabac et la littérature. Amusé, Svevo évoque Emile Zola, qui ne fumait pas et ne savait pas pourquoi. Quant à lui… Toute maladie n’est-elle pas, pourvu que l’on en ait conscience, un outil de génie pour l’écrivain à son chevet ? Il n’en sait rien à vrai dire. Peut-être. Si l’on y tient. Lui qui toute sa vie scruta cet horizon de la maladie comme le destin singulier de l’homme contemporain, n’a finalement pas répondu à cette question. Le fumeur ? Un rêveur certainement, consent-il, alléguant Flaubert qui fuma toute sa vie avec passion. Tout de même, à bien y réfléchir, Svevo voit dans les terribles luttes qu’il engagea contre la cigarette la dimension d’une raison de vivre et d’écrire : lutter contre soi. Cette lutte perdue souvent d’avance, qui est le propre du fumeur comme de l’écrivain. Une comédie dramatique où la résolution incarne tout l’horizon de la condition humaine, ouverte autant au compromis qu’à la Chute, à l’héroïsme qu’au mensonge, et en définitive à la beauté d’une tragédie que l’homme ne peut éviter. C’est d’un seul coup toute la ronde des dernières cigarettes que son écriture embrasse, tous ces moments prétendument décisifs qui ont scandé toutes les étapes de sa vie. A sa méditation font suite les mille courriers qui parlent tous de la dernière cigarette. Mille fumées pour se défaire de la rigidité du raisonnement peut-être, jusqu’à la vraie dernière, qui mit un terme à sa vie.

Italo Svevo, Dernières cigarettes, du plaisir et du vice de fumer, Rivages poche, juin 2017, traduit de l’italien par Dominique Férault, 186 pages, 8,20 euros, ean : 9782743-639976.

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Published by joël jégouzo - dans en lisant - en relisant
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