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1 février 2017 3 01 /02 /février /2017 08:14

Un récit. Ancien. « Programmatique ». Mais d’un projet qui était à l’époque destiné à avorter. Le récit d’une écriture au travail d’avorter. De s’avorter. En remix de la littérature  francophone et nord-américaine. Les années 50, 60, 70, 80… Une certaine idée de la littérature disait Jean-Charles Massera à l’époque. L’envie de tout recomposer, de donner forme à cet informe : nos vies éparses dans le train-train d’un quotidien dont nous ne savions pas mesurer le périmètre. Social, politique, existentiel. Quid de nous ? L’arpentant donc, à sa manière. Confuse, désordonnée. Pour tenter de lui donner du poids plutôt que du sens, en dénichant, peut-être, la bonne forme pour la dire, cette vie sans nombre. Une forme empruntée donc à ces années déferlantes. Sauf que, en trente ans, cela en faisait des idées de la littérature ! On comprend alors qu’il se soit rabattu sur celles qui faisait son, plutôt que sens. Informée par le rap, le free jazz, la poésie Beat. Entre Nabokov et Sollers tout de même. A ratisser large. Mais ça, c’était avant. Le Jean-Charles Massera d’avant. Pour les fans de l’actuel peut-être. Pour ceux qui vivaient sur les fins de Céline. Et encore. Le Jean-Charles d’avant avait terriblement réduit son périmètre au final, après avoir découvert ce qu’il y avait d’impossible dans sa tentative. Le cercle étroit donc, de l’inconscient masculin. Rien que ça ! Des phrases, tout simplement, de celles qui avaient irrigué une certaine langue de l’histoire littéraire… Gangue. C’était ça. Un récit « non émancipé ». Né d’une expérience esthétique. Gangue ne cherchait que la forme. Réduisant de ligne en ligne le champ de sa visée. Ce à quoi a cru une certaine non-littérature, offrant, elle le croyait, à la littérature des chances de se renouveler. Et à quoi elle ne pouvait pourtant se résoudre, ni se résumer. Mais avec la distance, curieux tout de même, ces stéréotypes que cette littérature de combat des stéréotypes pouvait véhiculer elle-même comme préjugés. La banlieue y est glauque par exemple. Crade. Destroyed. Que dire ? Les sixties n’ont pas eu la peau de la littérature, ni l’ancien Jean-Charles Massera. Reste l’éloquence du geste. La verve plutôt. Un dandysme brandissant forces références, une organisation citationnelle armée de l’entre-soi, quand il s‘agissait de ne pas écrire vraiment. Restent tout de même ces disjonctions, ces disruptions, le refus d’accepter le langage, sous la foison des références. Dante. On sait de quoi ça a l’air. Joyce. Poussin. Too much. Reste ce texte couturé d’égratignures comme un flot de paroles impropres. Et Céline. Céline… Moins la langue des bistrots, comme le pensait alors le Jean-Charles Massera de l’époque, que l’écho de nos incroyables empêchements.

 

Gangue son, Jean-Charles Massera, réédition armée d’une préface nouvelle, édition La ville brûle, collection Rue des lignes, à paraître, mars 2016, 104 pages 9782360120741.

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Published by joël jégouzo - dans en lisant - en relisant
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