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15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 09:31

Los Indignados. Tout part de là -et ne converge pas vers Podemos. Los Indignados… L’expérience argentine en toile de fond, celle de l’insurrection de 2001 et du collectif Situaciones. Dans la foulée des concerts de casseroles, à Buenos Aires s’étaient levées des assemblées de voisins qui occupèrent les places. Puerta del Sol donc. Les indignés campent. Le 15-M prend forme. Non, le terme est impropre : le 15-M était un rhizome, est un rhizome qui a survécu aux défaites de Podemos et a trouvé dans le municipalisme espagnol la ressource d’engendrer une nouvelle étape de la contestation populaire. L’heure espagnole, aujourd’hui. Celle Des luttes en cours. C’est cette fabuleuse histoire en train de s’écrire que raconte Ludovic Lamant. Au-delà des figures que les médias aiment à nous jeter en pâture pour nous faire taire : Ada Colau, Manuella Carmenala, Iglésias… La bourgade de Ciempo plutôt, Madrid, Barcelone… C’est cette histoire en cours dont il essaie de dresser un premier bilan, celui de plateformes citoyennes qui se sont constituées pour tenter de changer les choses, ici, maintenant. Rupture avec la rigueur, hausse des dépenses sociales, revenus minimum municipaux... Une histoire dont Podemos crut pouvoir tirer profit électoralement, arguant de la faiblesse (réelle) de ces contre-pouvoirs, avant de devenir la bouée de sauvetage d’une pseudo-démocratie aux abois. C’est cette histoire des villes espagnoles qui ont fait sécession que nous raconte Ludovic Lamant, des villes rebelles qui tentent de refonder le débat démocratique. Des villes dont les citoyens se sont mobilisés pour créer, là, tout de suite, d’autres institutions. Une autre manière d’administrer le Bien Commun. Une histoire qui a essaimée en Europe, comme à Naples, ou dont on trouve des aspirations éparses, comme à Saillans en France, dans la Drôme. Expérimenter la sortie du système libéral à l’échelle communal. L’hypothèse municipale en somme, qui est depuis 2014, peut-être la voie de contestation la plus convaincante. Où forger un nouvel imaginaire politique. Où passer d’un processus destituant à un processus constituant. Où fabriquer les instruments de la reprise du pouvoir politique. Partout en Espagne des villes citoyennes se sont soulevées en 2015. Cinq capitales régionales sont notamment tombées, et c’est près de six millions d’espagnols qui expérimentent aujourd’hui cette démocratie locale. Sans parler des mairies de changement qui tentent ici et là d’instaurer un exécutif différent, soit 80% de la population espagnole ! Qu’importe l’issue pour l’heure, qui est à la mise en commun des idées, des pratiques. A l’ouverture d’espaces métissés politiquement, où l’on avance sur des objectifs concrets et non des idées abstraites. Une expérience, nous dit l’auteur, qui n’est pas sans attache, renouant avec l’esprit de l’insurrection de 1931, quand des villes se soulevèrent joyeusement, à l’occasion de carnavals débridés, pour proclamer la République qu’on leur refusait. Renouant avec ces années 1930 qui virent fleurir partout la forte inventivité anarchiste. Pas Podemos donc, surtout pas Podemos, qui a perdu un million d’électeur entre 2015 et 2016 sans guère s’interroger sur cette hémorragie, et s’est transformé en parti d’opposition assurant les carrières des uns et le silence des autres. Un tour d’Espagne des villes rebelles donc. Réjouissant. De villes qui ont rompu avec le mythe de l’incarnation de la volonté populaire. «Nous ne sommes pas représentables», y clament leurs citoyens. Et nous voulons en finir avec l’élu-roi. Des villes où les comités de quartier forgent partout de nouveaux outils de participation. Des villes où l’on n’occupe plus les places, mais les institutions. Un mouvement dont nous sommes loin en France, tentés par un Podemos à la française, où la France Insoumise résumerait bien mal, dans ses urnes, l’élan de Nuit Debout. Peut-être nous reste-t-il Rennes, la révoltée, aux avant-postes de la fabrique du citoyen de demain…

 

Squatter le Pouvoir, les mairies rebelles d’Espagne, Ludovic Lamant, Lux éditeur, 4ème trimestre 2016, 222 pages, 16 euros, 9782895962175.

 

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Published by joël jégouzo - dans Politique
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