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18 octobre 2016 2 18 /10 /octobre /2016 08:12

En 2015, Chris Hedges signait un essai intitulé L’Âge des rébellions. En 2016, celui des Démagogues… Des rébellions aux démagogues, ce qui semble avoir évolué, c’est tout simplement le désespoir, et la misère, qui affectent un nombre toujours plus grand de nos concitoyens. Deux facteurs de décomposition sociale, sinon deux « outils » tant ils apparaissent orchestrés pour jeter cette impensable «classe moyenne» dans les bras des pires démagogues que l’histoire contemporaine ait enfantés. Car en entrant dans l’Âge des démagogues, ce vers quoi nous faisons signe n’est rien moins que le retour du Totalitarisme.

Ancien journaliste au New York Times, Prix Pulitzer, Chris Hedges avait vu sa carrière ruinée par les critiques très fournies qu’il avait énoncées à l’égard de ce que nous ne pouvons plus nommer autrement que le Capitalisme Totalitaire. Spécialiste de la question terroriste, correspondant de guerre en Irak, en Afghanistan, en Syrie, Hedges en était revenu avec la conviction d’une vaste conspiration menée par des lobbys. Viré sans ménagement, il se consacre depuis à la divulgation de ses analyses pour alerter l’opinion publique sur les dangers que nous courons désormais tous à accepter pareille situation. Or, curieusement, sa cible principale est le Pari Démocrate. «Notre seul espoir aujourd’hui est de détruire le Parti Démocrate», entré dans la sphère idéologique des Républicains, affirme Chris Hedges. Voilà qui nous convoque sur les lieux de nos propres combats contre un PS français qui n’a cessé de nous jeter dans les bras du FN.

Que penser en effet d’un Parti qui a suspendu la plupart des libertés collectives et ne cesse de militariser sa police ? (Et singulièrement, Hedges songeait ici au Parti Démocrate, non au PS, qui lui a emboîté le pas sur ces questions avec un rare entêtement)…  Que penser d’un Parti qui, sous Bill Clinton, a détruit le système américain de santé, qui profitait essentiellement aux enfants des classes moyennes et pauvres ? Que penser d’un Parti (Clinton toujours), qui n’a cessé de construire des prisons pour y enfermer ses minorités ? Que penser d’un Parti qui a opté pour la Loi des trois prises, laquelle jette à vie en prison tout condamné «récidiviste», quelle que soit la nature du délit commis ? Que penser d’un Parti (Obama), qui vient d’augmenter les dépenses militaires de son pays de façon exponentielle, privilégiant la militarisation de son pays à la réduction de la pauvreté endémique qui sévit aux States ? Que penser d’un Parti qui donne à croire qu’il n’existe pas de chômage de masse aux Etats-Unis, alors que les chômeurs sont sortis de la statistique dès leur quatrième semaine de recherche d’emploi ?

Ce qu’analyse Chris Hedges dans ces entretiens, c’est ce désir de fascisme qui ne cesse de monter, aux Etats-Unis comme en France, où l’on s’attaque aux valeurs pour contrer les frustrations engendrées par les politiques libérales. Nous assistons, affirme-t-il, à la désintégration de la société américaine, à la désintégration de la société française, une désintégration conduite par leurs élites elles-mêmes. Des élites qui ont massivement choisi le camp du racisme, de la xénophobie, du nationalisme, du déploiement sans retenue d’une rhétorique guerrière qui ne parvient pas à masquer leur énorme soif de violence. Hedges l’observe à travers la poussée de l’extrême droite chrétienne aux Etats-Unis –lui qui est chrétien. Plus de 1 000 groupes suprématistes blancs s’y expriment désormais ouvertement, recrutant dans les territoires oubliés du développement économique américain. «Quand les gens sont dans un cul-de-sac, avec ce sentiment de désespoir, ils représentent une force morbide au sein de la société ». Cette force morbide que les démagogues s’emploient jour après jour à structurer. Cette force morbide que les élites mobiliseront bientôt pour sauver leur système à bout de souffle. Car ce à quoi nous assistons, c’est à l’effondrement de la crédibilité du néo-libéralisme. C’est le point déterminant de cet entretien en définitive : une société prend fin, mais cet effondrement fait aujourd’hui le lit du fascisme qui s’annonce à grand bruit. A si grand bruit aux Etats-Unis comme en France, que Chris Hedges ne voit guère se profiler dans un proche avenir qu’un soulèvement d’extrême droite, seule force organisée, mobilisée en outre par les élites et les médias.

 

L’Âge des démagogues, entretiens, Chris Hedges – Pierre Luc Brisson, éditions Lux, coll. Futur Proche, sept. 2016, 116 pages, 12 euros, ean : 9782895962359.

Site de Chris Hedges : http://www.truthdig.com/

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Published by joël jégouzo - dans Politique
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